ACCORD SUR LA REMUNERATION DE L'ECRITURE D'OEUVRES CINEMATOGRAPHIQUES

Chronologie - Entretien avec Sabine Le Stum

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Entretien Sabine le Stum, Déléguée Générale du SCA, réalisé par Dominique Crèvecoeur le 15 décembre 2025

Quand et comment cette décision de se mobiliser pour un montant plancher de rémunération du travail des auteurs s’est-elle mise en route ?

L’idée d’une rémunération plancher des scénaristes a commencé bien avant mon arrivée en 2018 au SCA. Il y avait déjà de nombreuses années, peut-être depuis 2014, que les fondateurs et fondatrices du SCA avaient des discussions à ce sujet avec des réalisateurs et des producteurs, qui échangeaient de façon informelle. C’est d’ailleurs ce projet qui a présidé à la naissance du SCA, c’était son objectif principal. Un projet déjà dessiné avec l’idée d’un minimum garanti plancher à l’écriture, sans condition de mise en production, et une indexation sur les financements du film.

Par quoi avez-vous commencé pour inscrire cette démarche professionnellement ?

Nous avons commencé par faire un état des lieux de la situation des scénaristes : nous avons mis au point un questionnaire sur tous les aspects de la vie des auteurs, et nous l’avons adressé à tous nos adhérents. A l’époque, en 2018, le SCA avait environ soixante, soixante-dix adhérents. Presque tous ont répondu à ce questionnaire. Et à la lecture et l’analyse de ces réponses, nous avons décidé de faire un rapport.

Un rapport ? Quel était lenjeu de ce rapport ?

Les scénaristes, membres du Conseil d’administration d’alors, dont certains allaient par la suite devenir les négociateurs, regroupaient les questions et faisaient une synthèse au fur et à mesure sur chacun des sujets : les conditions de travail des scénaristes, leur rémunération, l’accès à leurs droits, leurs relations aux producteurs et aux réalisateurs avec qui ils travaillaient… C’est rare qu’on ait envie de se précipiter pour lire un rapport, mais là ce que je lisais était passionnant et très bien écrit, d’où est venue l’idée d’en faire un livre. Il est écrit collectivement, ce qui est tout à fait révélateur de l’état d’esprit du SCA, mais j’ai quand même envie de citer quelques-uns des rédacteurs et animateurs de ces premières étapes : Cécile Vargaftig bien sûr, mais aussi Nathalie Herzberg, Agnès de Sacy, Gladys Marciano, Cyril Brody, Guillaume Laurant, Pierre Chosson, Julie Peyr… Il faut se procurer le livre pour les retrouver tous.

Un livre pour enclencher la démarche et la réflexion ?

Ce livre Scénaristes de cinéma, un autoportrait a été publié aux éditions Anne Carrière en mars 2019, peu avant les premières Journées du Scénario au CNC.  Le livre a été une étape de sensibilisation très importante :  il y a eu un grand papier dans Télérama, une mise en lumière de la situation des scénaristes et quelques producteurs ont compris à la lecture du livre du SCA dans quelle précarité vivaient les scénaristes. En parallèle, la SACD avait produit avec le CNC une étude sur la rémunération des scénaristes. Donc il y avait un panorama assez complet des conditions de vie et de travail des scénaristes.

Cest ce livre qui a ouvert les portes de la négociation ? A quel moment le SCA a-t-il perçu que le CNC était ouvert à la proposition ?

L’enjeu du SCA était que le livre paraisse peu avant les premières Journées du Scénario qui se sont tenues en avril 2019, afin que toutes les organisations professionnelles reconnaissent la nécessité et l’urgence d’entrer dans ces négociations. Les tables rondes et les échanges qui ont eu lieu dans le cadre de ces Journées ont permis à Xavier Lardoux, alors Directeur du Cinéma au CNC, de conclure sur la situation de précarité financière des scénaristes et la nécessité de lancer ces négociations.

A quel moment les producteurs ont-ils accepté denvisager une réflexion sur le sujet ?

Ça a été la première étape clef : les parties prenantes acceptent de négocier. On était en 2019. L’objectif dès le départ, était de signer un accord qui serait étendu, c’est-à-dire qui s’applique à l’ensemble du secteur.

Et la position du Ministère de la Culture ?

Nous avions et avons toujours eu le soutien du Ministère de la Culture, qui considérait que la démarche était pertinente et nécessaire. La deuxième étape a été celle des discussions. La plus longue. Nous avons entamé la phase architecture du projet avec les 3 organisations de producteurs (API, UPC, SPI) et du côté des auteurs, le SCA, la SRF et la Guilde. Puis nous avons été rapidement rejoints par la SACD. Il fallait essayer de trouver les bons critères (échéancier, fiche généalogique de l’écriture etc…) sécuriser les pratiques sans empêcher des films de se faire. L’ARP nous a rejoints dans un second temps.

Vous vous réunissiez avec les producteurs à quel rythme ?

Au départ il y a eu des réunions informelles sans le CNC puis, de façon plus régulière, se sont mis en place deux types de réunions : les plus fréquentes, entre représentants des métiers, et de façon régulière des réunions plus « institutionnelles », où nous faisions des points d’étape tous ensemble, avec le CNC.
Après nous sommes passés à la phase des chiffres, c’est celle qui a duré le plus longtemps. D’abord parce que le Covid nous a interrompus, ensuite, parce que les positions initiales des uns et des autres étaient trop éloignées, les intérêts trop divergents. Mais au final, c’est ce qui a été positif, car nous avons beaucoup, beaucoup échangé, discuté, pour que chaque partie prenante comprenne les enjeux des autres. Et nous avons beaucoup appris de cette négociation.

À l’été 2023, toutes les organisations d’auteurs se sont mises d’accord pour faire une proposition unique aux associations de producteurs. Les organisations d’Auteurs avaient le soutien du Ministère de la Culture qui considérait que la démarche était bonne.
Mais les producteurs n’étaient pas prêts. Ils ont refusé. Il y a donc eu deux années supplémentaires de discussions diverses, de l’été 2023 à 2025. Qui ne débouchaient pas.
Nous avons cru pouvoir signer, mais il n’y avait pas un consensus suffisant. Il faut dire que nous n’avons pas été aidés car nous avons traversé une double turbulence : politique avec la dissolution de l’Assemblée nationale et institutionnelle au CNC avec le départ du Président, Dominique Boutonnat. Nous avons toujours tenu bon et je crois désormais pouvoir dire que la persévérance est une des qualités indispensables pour faire aboutir une négociation difficile !

Quel est le rôle joué par le CNC dans ce va-et-vient entre des positions très différentes ?

C’est Olivier Henrard, Directeur général puis Président par interim, persévérant lui aussi, qui a assuré la continuité, aidé de ses services, qui ont été efficaces et à l’écoute de toutes les parties. Le CNC a effectué ce qu’on appelle une mission de bons offices pour reprendre le fil des négociations en 2025, en établissant une proposition de compromis qui, après quelques allers-retours entre les différentes parties a permis l’aboutissement de l’accord, qui en a été bien amélioré.

2014- 2025, presque dix ans pour faire passer cet accord ?

Tout cela a été très long, disons six ans d’échanges et de discussions avec les professionnels, de combats pour faire passer cette idée. Le CNC a toujours soutenu les négociations, les négociateurs ne s’en sont pas désengagés non plus, des parlementaires également ont su y être attentifs. Mais nous n’avions pas l’impression que notre projet d’accord était prioritaire : les autres dossiers du secteur du cinéma dans son ensemble, avec son actualité trépidante, passaient toujours avant le sort des scénaristes.

C’est pourquoi aujourd’hui, nous ressentons une fierté, légitime je pense, d’avoir su maintenir le cap pour aboutir. Il faut comprendre aussi que ce que nous avons inventé collectivement est innovant. C’est toujours plus difficile de poser des fondations. Et j’ai le sentiment que les prochaines étapes seront plus fluides, plus rapides, maintenant que nous avons construit un socle.

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