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Quatre regards sur l'écriture de "Garçon chiffon" : Sophie Fillières (1/4)

Sophie Fillières par duchili.com
Sarah Lasry et Céline Tejero, scénaristes et réalisatrices membres du SCA, ont discuté avec Sophie Fillières, Maud Ameline, Nicolas Maury et Charles Gillibert (CG Cinéma), de leur collaboration sur le processus d'écriture de Garçon chiffon, mettant en exergue la relation (co)scénariste(s), réalisateur et producteur.

Dans ce chapitre, nous découvrons le regard de
Sophie Fillières, première scénariste aux débuts du projet.

Naissance d'une collaboration

Sarah Lasry et Céline Tejero : Comment s’est initiée votre collaboration avec Nicolas Maury ?

Sophie Fillières :
Nicolas Maury m’a parlé du projet et ce qui est curieux c’est qu’au début j’ai dit non. C’est la première fois que ça m’arrive sur un truc qui m’intéresse. J’ai dit non parce que je pensais que Nicolas pouvait tout à fait écrire seul et même devait écrire seul. Et j’étais moi-même embarquée dans une autre écriture. Mais j’ai beaucoup hésité. J’avais lu une douzaine de pages, il y avait des idées de scènes que j’avais trouvé formidables. Mais quelque chose me disait « il doit faire ça seul ». Et puis j’ai eu des regrets, même des remords, et finalement je l’ai recontacté et j’ai dit « non, en fait oui ! » Donc ça ne s’est pas passé fluidement malgré nos envies à tous les deux, très forts. Moi cette envie, m’a presque fait rétracter, je ne pensais pas être à la hauteur, donc ça s’est fait chaotiquement. On a commencé à écrire en 2015.

SL & CT : Qu’est-ce qui vous a plu dans son texte ?

SF :
Son écriture, sa pensée, sa vision, son sens des scènes. Nicolas trouvait des situations qui faisaient « scènes » avec un enjeu, une dramaturgie, quelque chose qui frappait. Il ne racontait pas juste l’histoire d’un comédien en dérive sentimentale. Quand on raconte un truc ça ne fait pas forcément « scène », mais, lui, il avait cet angle absolument aigu sur les choses qu’il avait besoin de raconter pour faire avancer l’histoire ou un personnage. Nicolas aime beaucoup ce que je fais, il aimait mes films, c’est pour ça qu’il voulait me rencontrer. Ça m’honorait énormément, mais j’ai vraiment eu le sentiment de reconnaissance d’une écriture - non pas qui était proche de la mienne - mais de reconnaître quelque chose qui me concernait à tous points de vues. Et je me suis dit ce serait dommage de ne pas être de ce jeu là, de cette démarche-là. J’ai senti que ça allait aussi m’apporter beaucoup.

Un humour existentiel

SL & CT : Comment décririez-vous l'approche singulière à l'humour dans le film ?

Sophie Fillières : Sur l’humour on s’accorde assez bien naturellement. Dans la vie on a assez vite trouvé que ce qui résonne chez lui, résonne chez moi. Ce qui le fait rire, me fait rire. Sur l’absurde, sur la tendresse, c’est une façon de se voir soi-même au monde, ce pas qu’on fait pour s’inscrire, cahin-caha, dans l’existence et au monde. Il y a des correspondances entre nous. Donc c’est là que l’esprit, ou l’humour, se rejoint. On est très amis maintenant dans la vie et c’est d’ailleurs une des personnes qui me fait le plus rire. Comment se sentir exister et existant ? C’est là, les choses un peu drôles. Je suis frappée par la gravité du film au sens fort et pas du tout pesant, au contraire, il ne l’est jamais. Mais il y a un côté grave, comme un son est grave, plutôt qu’aigu, quelque chose qui s’ouvre de vraiment très mélancolique. On avait ça aussi en commun. On est sur le fil, comment ne pas basculer dans ce qui nous rend mélancolique, comment on se tient ? C’est ça qui fait l’humour et le sel. Il y a une forme de poésie, de regard, d’écoute, d’observation, sur les choses et soi-même au monde. J’ai l’impression que s’il y a des ponts ou des passerelles entre ce qu’il fait et ce que je fais, c’est là-dessus : comment se tenir et être soi au monde ?
La Belle et la Belle (2017) de Sophie Fillières © Claire Nicol
SL & CT : Aviez-vous des références communes ?

Sophie Fillières : Nicolas a une écriture tellement libre, tellement foisonnante, il n’a pas besoin d’être consolidé par des références mais quand même il y avait une jonction improbable entre les films de Hong Sang-Soo, de Judd Apatow, et James L. Brooks. C’est un espèce d’écart comme ça entre le fragile dessiné et le plus comique, un peu physique, burlesque.
Haewon et les hommes (2013) de Hong Sang-Soo

Le processus d'écriture

SL & CT : Y’avait-il des obstacles pendant l’écriture du scénario ? En quoi votre présence a pu l’aider ?

Sophie Fillières : Nicolas est quelqu’un qui est tout sauf bloqué. C’est vraiment le contraire de ça, il est traversé en permanence par des sentiments, de la pensée, des idées, particulièrement dans le travail. Peut-être que c’était ce trop-plein de pistes, ces trop nombreux possibles qui faisaient qu’il s’embarquait parfois dans des choses qui ne pouvaient pas aboutir tel quels, qu’il fallait reprendre. Mais c’est plutôt une espèce de canalisation de sa production. Il arrivait avec dix trucs qu’il avait écrit, voulant tout changer, se posant plein de questions. C’est quelqu’un qui écrit mais qui n’avait jamais écrit de scénario.
Sophie Fillières sur le tournage de Gentille (2004) avec Emmanuelle Devos
© Pierre Grise Productions
SL & CT : En tant que réalisatrice, vous parliez beaucoup de mise en scène pendant l’écriture ?

SF : Un peu mais pas plus que son intuition naturelle. Parfois il ne croyait pas en la possibilité que l’on puisse y arriver et que la scène puisse se construire telle qu’il la rêvait, ou telle qu’il l’avait écrite dans un flot de choses, débordant de toutes parts, et dans ces moments, on se demandait comment il fallait regarder le personnage. Donc je l’aidais à ça, mais Nicolas, intuitivement, pour avoir déjà beaucoup tourné et fait du théâtre, c’est quelqu’un qui voit. C’est peut-être arborescent mais il y avait toujours une ligne et quelque chose de visuel.

J’ai écrit beaucoup avec lui mais c’est ça qui m’a bouleversé dans le film quand je l’ai vu, j’étais complètement absorbée par sa mise en scène, par la façon dont le scénario est un espèce de noyau. Je me suis dit l’air de rien pour certain.e.s, ou l’air de tout pour beaucoup, pour moi en tout cas, c’est un film important. C’est curieux, ça me fait jamais ça mais avec le film de Nicolas, quand je l’ai vu la première fois, en fin de mixage, j’étais bouleversée comme une spectatrice primaire. J’ai complètement zappé, oublié et refoulé que j’avais travaillé dessus. J’avais même pas eu le temps, tellement j’absorbais la mise en scène, l’écriture, la langue du film, tous les personnages, et après je me suis dit « c’est entièrement lui ». C’est sa langue, ses mots, mais c’est avant tout, je trouve, un film de metteur en scène.

SL & CT : Quels sont les défis (et/ou avantages) en tant que co-scénariste, lorsqu’on travaille avec un scénariste-réalisateur qui raconte une histoire personnelle et joue le rôle principal ?

SF : Ce qui est difficile - et c’est la place du co-scénariste qui est parfois inconfortable pour ça - c’est une sorte de défi, mais particulièrement quand le metteur en scène est l’acteur et aussi un peu le personnage (mais pas vraiment, c’est pas lui, ce n’est pas autobiographique), c’est d’essayer d’habiter le film comme lui l’habite. Essayer d’habiter les choses, il faut accorder son regard au sien et aussi le regarder de la place où je suis moi, extérieure. Il y a une espèce de dédoublement de vouloir habiter les choses avec lui par qui je suis. C’est assez « tricky » parce que dans le fond, c’est un bouillonnement de toute sa perception intime, des choses et de son rapport au monde. L’avantage c’est que comme il est un immense acteur aussi, il n’y avait rien d’injouable pour lui. Je pouvais m’aventurer assez loin et lui aussi, on trouvait des choses assez compliquées comme ça, de raconter qui on est, du dire de soi, comment il parle avec sa mère, comment sa mère s’exprime. S’il y avait un doute, on s’amusait à le jouer. Mais c’est vrai que c’est un truc spécial d’écrire avec quelqu’un qui va mettre en scène et jouer un personnage qui est dans le fond comme une architecture fictive de la personne qu’il est, mais charpenté comme lui, quoi.
SL & CT : À quoi ressemblait une séance de travail entre vous ?

SF : On prend ce que chacun a écrit de son côté et puis on le lit, on se faisait des remarques, on ajustait les choses. Par exemple, la scène où il s’engueule avec Albert dans le studio et il finit par dire « c’est quoi ce sperme sur ton t-shirt ? » C’est une scène que Nicolas avait écrite au départ, et puis après on la travaille ensemble, on la consolide, on la renforce, je fais des suggestions. Soit je prends la scène et j’insère des choses et il la relit. On se voyait beaucoup mais on s’envoyait aussi des choses par mail. Puis, à un moment, on ne savait pas comment finir la scène et je crois avoir écrit (c’est peut-être pas moi d’ailleurs !), cette idée du truc que l’autre ne comprend même pas et l’autre lui dit : « Maintenant tu jartes ». Et Jérémie, le personnage, répond « Quoi, je jarte ? Je sais même pas ce que ça veut dire… Bon bah tant pis, je m’en vais ». Oui c’est ce que ça veut dire… C’est un truc qu’on a trouvé. Parfois c’est accroché à un mot, c’est une imbrication. Je ne sais pas comment ils ont travaillé avec Maud. Parce que moi, je ne suis pas une scénariste classique. Ce n’est pas tant que je sois metteur en scène, et que lui soit acteur, mais je crois qu’il ne voulait pas une scénariste « classique » au départ. Classique, je l’entends dans le bon sens ! Je suis quelqu’un qui n’a pas tellement de technique au scénario. Mes propres scénarios je les écris seule, c’est impossible pour moi d’écrire avec quelqu’un - j’adore écrire pour les autres - souvent on me demande de collaborer pour les dialogues. Mais je ne suis pas synthétique, j’aime bien me plonger dans le détail, réécrire. Donc au début ça l’intéressait de travailler précisément avec quelqu’un qui fait de la mise en scène aussi, de ne pas être trop cadré. Il y a des forces que d’autres ont que je n’ai pas du tout et ce n’est pas ça qu’il cherchait dans un premier temps d’écriture.
Il y a certaines scènes entières qui sont quasi telles qu’il les a écrites au début, celle où on lui propose d’être coach il l’a écrite entièrement. Laure Calamy transcende tout, le texte est formidable. Et je crois que je ne l’ai pas touché pendant trois ans. Elle est intacte alors que d’autres scènes bougeaient tout le temps. Si vous voulez, j’arrivais à me fondre par notre proximité psychique. En fait, il faut arriver à écrire comme soi et comme l’autre à la fois. Et écouter beaucoup. Par capillarité, quand on est co-scénariste, au bout d’un moment on devient un petit peu l’autre. Il ne faut pas trop le devenir mais on est contaminé, on rentre dans le tempo et dans le fond.

SL & CT : La question de la chronique s’est posée pendant l’écriture du film ?

SF :
Je ne dirais pas que ce film est une chronique. C’est sûr que ce n’est pas un film où les rebondissements font avancer l’action, mais c’est plutôt ce qui se dit, ce qui se fait, ce que les gens se font les uns aux autres, comment il vit sa condition de jaloux, comment il vit sa condition de comédien. Pour moi, c’est plus structuré qu’une chronique. C’est six mois dans la vie de quelqu’un, mais il avait en tête cette partie centrale chez la mère, il l’avait dès le début. Nicolas ne réfléchit pas du tout en termes théoriques, il est tout de suite dans les scènes, dans l’écriture, dans le détail.

La découverte du film

SL & CT : Quelle a été votre réaction en découvrant le film ?

SF : Ça a été un émerveillement. Il aurait pu juste filmer et jouer ce qui était écrit. C’est pas du tout ce qui s’est passé. C’est pour ça aussi que j’ai un sentiment de découverte totale du film. Tous ces temps, ces silences, ce montage, il n’y avait pas cette aménagement, cette sculpture de la temporalité du film dans notre version du scénario. Peut-être qu’il l’avait en tête mais à l’écriture, dans le travail, il y avait l’intuition de voir les scènes, de comment il les filmerait mais il n’y avait pas déjà ce qui a opéré au moment du filmage. J’imaginais pas du tout un film qui trouve aussi bien son souffle, ces temps, ces silences. Il y a des plans magnifiques, par exemple quand on voit Nathalie Baye quand elle attend Jérémie à la gare. Là je me suis dit « c’est un grand regardeur et un grand metteur en scène ». Il a une façon de filmer Nathalie Baye qui attend juste à la gare. On devine qu’elle attend et qu’elle se soucie. Il a su insuffler ça dans l’expression qu’elle a, ou en tout cas, nous donner à voir ça. Et pour moi, ça, c’est vraiment grand. Il a su mettre ce plan là sans dialogue. Ou encore la façon dont il a filmé la scène de la piscine quand Théo Christine va se baigner et Nicolas le voit à la fenêtre et on ne repasse pas sur lui. Tout d’un coup, Théo Christine se tourne vers lui et lui parle. Il y a un côté à la fois très maîtrisé et vraiment senti. Une nature de cinéaste.
SL & CT : Garçon chiffon est un film très personnel, peut-on dire que votre rôle était aussi celui d’une accompagnatrice ?

SF : Oui je le vis assez bien l’idée de l’accompagnement, faire advenir quelque chose qui ne pouvait qu’advenir. Mais si vous voulez, pour l’accompagner, je lui ai plus transmis de la confiance dans ce qu’il écrivait. On a beaucoup déplié, déployé ce qu’il y avait en écrivant pleins de scènes en donnant une espèce de corps, de substance à tout ça. C’était une forme d’accompagnement mais on était beaucoup dans la production de scènes, d’anecdotes, ou de situations. C’est une de mes plus belles expériences d’écriture de « fréquentation inspirante ». C’est marrant car j’ai fait six films de long-métrages que j’ai écrit seule et je n’envisage jamais d’écrire avec quelqu’un parce que je pars de choses très ténues que je n’arrive pas à expliquer. Je n’avance pas du tout classiquement, je ne fais pas de traitement, je n’ai pas une histoire, c’est vraiment une chose qui se dessine peu à peu donc c’est difficile de communiquer ça. Ce sont des films personnels. Mais par exemple, avec Nicolas, quand j’ai vu son film de metteur en scène, je me suis dit « c’est quelqu’un avec qui je pourrais essayer d’écrire pour moi ! » Après je ne sais pas ce que ça donnerait. C’est qu’il y a quelque chose chez lui qui côtoyé quelque chose chez moi et c’est improbable ! On n’a pas du tout le même âge, on n’évolue pas dans les mêmes sphères mais j’éprouve de la reconnaissance dans tous les sens du terme.

Dans le bureau de Sophie Fillières

SL & CT : Quel regard portez-vous sur la question du statut des scénaristes dans le cinéma aujourd’hui ?

SF : Les discussions font avancer mais les choses doivent encore évoluer, le scénariste est encore totalement sous-reconnu en France. Personnellement je n’en souffre pas en tant que metteur en scène qui écris et réalise. La position de scénariste n’est pas au centre pour moi. J’adore qu’on me propose d’écrire pour d’autres et j’adore le faire mais je ne me vis pas comme une scénariste. Je remarque qu’il y a encore du chemin à faire et le boulot du SCA, j’y suis depuis le tout début et c’est d’une importance capitale. Je crois que le SCA commence à avoir un poids important auprès des institutions, hormis que ça nous aide, nous affilié.e.s sur des points sensibles, mais ça fait aussi exister notre (et votre !) métier de manière plus essentielle et flamboyante à la fois.

SL & CT : Avez-vous un rituel d’écriture ?

SF : Du thé, du café, les deux, des nicorettes. J’ai l’impression qu’il faut que ça macère, que ça mijote, avant une salve d’écriture. Je peux écrire dix pages après n’avoir rien écrit pendant quatre jours. Je peux écrire dix pages qui sortent bien. Et surtout ma seule particularité c’est que je fais très peu de versions (pour moi en tout cas !) Je suis lente parce que je ne laisse rien passer qui ne soit pas définitif. Je ne dis jamais « Ça je verrai plus tard… pour l’instant je mets ça. » Il faut que je trouve LA phrase, le rythme, la ponctuation, qui soit celle qui va me permettre d’avancer. Et je ne dis pas que ce sera parfait objectivement, mais c’est le truc qui me fait avancer jusqu’à la réplique suivante. Je repasse jamais sur les choses - quand j’écris pour moi. C’est tellement en équilibre et instable que s’il y a une phrase bancale, la phrase d’après, le mot ne pourra pas être repris comme il faut mais c’est aussi parce que ce que je fais c’est plus une manière que du vrai fond. Il faut que tout tienne selon moi. Mais c’est ma méthode, enfin c’est même pas une méthode : Je ne peux pas faire autrement ! Mais sinon un rituel normal, j’écris tout le temps à l’ordi, jamais à la main, chez moi. Parfois j’écris à la production mais sinon je ne peux écrire que chez moi dans le désordre, c’est très mal rangé. Justement la clarté vient dans ce que j’écris, il y a une espèce d’idéal de moi qui fait que les choses sortent plus nettes. Si je suis à la campagne dans un cadre idyllique et qu’on me dit « mais si viens, tu vas pouvoir écrire, c’est très calme », il n’y a rien qui sort ! J’ai besoin d’un chahut, d’une espèce de frémissement, pour qu’au contraire, la netteté de ce dont je veux parler ou ce que je veux montrer, sorte pour épurer le chahut ambiant. Je peux vous montrer l’envers de mon bureau… C’est ici qu’on se retrouvait dans cet état de désordre, Nicolas ici, moi là !
Le bureau de Sophie Fillières

SL & CT : Quels conseils donneriez-vous à des jeunes auteur.trice.s pour mieux appréhender la collaboration dans la co-écriture ?

SF : Si vous cherchez un.e co-scénariste, il ne faut pas hésiter à demander à quelqu’un dont vous admirez le travail. Il faut trouver quelqu’un qui va vous parler avec des mots que vous reconnaissez. Quand vous travaillez comme co-scénariste pour quelqu’un d’autre, il faut faire avec ce qu’on a acquis de technique et ce qu’on éprouve de sentiments. Pour moi, ce qui est important c’est de réussir à parler le même langage. Je trouve que quand on est co-scénariste c’est très facile d’améliorer un truc pas très bon. Ce qui est plus difficile c’est quand quelque chose vous plaît, beaucoup, quand un texte est déjà bien abouti, c’est très dur d’oser se lancer dans des chamboulements pour le réalisateur. Alors il faut s’insérer, viser les interstices et peu à peu on gagne un espèce de terrain dans le champ de l’écriture. C’est un drôle de truc. Je ne sais pas ce que ça fait de travailler avec un.e co-scénariste sur son propre texte, je sais ce que ça fait de travailler pour quelqu’un, et ce que je ressens avant tout, c’est une énorme liberté par rapport à quand je travaille pour moi. Parce que je ne me censure pas. Il faut se lancer quoi !

SL & CT : Quel est votre prochain projet ?

SF : C’est un projet que j’ai écrit et que je réalise qui s’appelle Ma vie ma gueule, avec Agnès Jaoui dans le rôle principal. C’est un portrait en trois mouvements d’une femme de son âge (qui est aussi le mien !), c’est j’espère un peu drôle mais plus violent aussi, plus inquiet…. On a eu l’avance, on a un distributeur et on attend encore des financements pour tourner.

Entretien réalisé pour le SCA le jeudi 27 mai 2021
photo Sophie Fillières ©duchili.com

Second épisode : Charles Gillibert, producteur
Troisième épisode : Maud Ameline, scénariste
Quatrième épisode : Nicolas Maury, réalisateur

Garçon Chiffon est produit par CG Cinéma et Mother Production, et distribué par Les Films du Losange.
Sortie en salles le 28 octobre 2020.

Merci de citer le SCA-Scénaristes de Cinéma Associés pour toutes reproductions.

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