Édito

Le cinéma comme horizon, par Isabelle Wolgust (N#5)

Le SCA aura 6 ans le mois prochain. Depuis sa création, nous avons une conviction chevillée au corps : la liberté de création, la diversité, le renouvellement nécessaire des talents riment avec indépendance. Nous sommes aujourd’hui plus de 200 scénaristes de cinéma, venant de tous les horizons, à défendre cette idée.

Le cinéma français traverse une crise majeure avec des scénaristes, des réalisateurs, des producteurs, des distributeurs et des salles indépendantes fragilisés. Rappelons-nous que ce n’est pas la première. 

Si l’on peut encore voir des films en salles, c’est parce qu’après la seconde guerre mondiale, des femmes et des hommes de toute la filière ont su convaincre les politiques d’alors de créer le CNC. Aujourd’hui, certains oiseaux de mauvais augures déclarent le cinéma moribond et le système à bout de souffle ; les mêmes qui préféreraient le voir disparaitre au profit des “plates formes“, qui fournissent des “contenus“, des “marques“ déclinées et formatées qu’on appelle, ironie du marketing, des “originals“. Dans tous les secteurs d’activité, la concentration n’a qu’un seul et unique objectif : dévorer tout sur son passage, avant d’être dévorée par un plus gros que soi. Fantasme mortifère, la normalisation des imaginaires est un totalitarisme insidieux.

Rappelons-nous également que le système français permet aux cinéastes du monde entier de faire et de montrer leurs films. Si nous ne travaillons pas ensemble à son renouveau, le cinéma français et une grande partie du cinéma d’auteur mondial rejoindront le cinéma anglais ou italien (pour ne citer qu’eux), deux cinématographies, hier, à la vitalité et au talent exemplaires, aujourd’hui, en voie d’extinction. Au SCA, nous pensons que le cinéma est un art et une industrie et si nous souhaitons exercer notre art en toute liberté, nous voulons le pratiquer dans une industrie régulée.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, toutes les professions du cinéma sont encadrées par une convention ou un accord, toutes, sauf les compositeurs et les scénaristes. Depuis la conception même du SCA, nous travaillons donc à inventer un système pour encadrer la rémunération de l’écriture des longs métrages de fiction. Nous le faisons en étroit dialogue avec les producteurs et réalisateurs qui forment, avec les scénaristes, le trio fondateur du film. 

En effet, nous avons la conviction qu’un accord sur la rémunération de l’écriture des scénaristes de longs métrages apportera un nouveau souffle en créant un cadre qui protègera les plus précaires et favorisera la qualité, la diversité des talents et des films. Mais c’est un exercice complexe tant chaque film est un prototype, chaque collaboration, une nouvelle aventure. Cet accord nécessite donc de la souplesse pour pouvoir s’adapter à toutes les situations et de la simplicité pour pouvoir l’appliquer rapidement. Il n’a pas vocation à se substituer à la négociation de gré à gré, qui demeurera la règle, mais il créera un cadre minimal protecteur pour tous.

Parce que le développement est une nécessité vitale, nous avons pris en compte dans notre réflexion, la rémunération de tous les scénarios : ceux qui deviendront des films, mais aussi ceux qui ne le deviendront jamais. Scénaristes ou réalisateurs écrivants, quel que soit notre genre et quelle que soit notre notoriété, nous le savons tous, beaucoup de développements s’arrêtent [1] pour diverses raisons, la qualité du scénario n’étant pas nécessairement en cause.

Nous avons donc imaginé un principe novateur avec un MGE, un Minimum Garanti à l’Ecriture, sans condition de mise en production, complété par une indexation sur les financements extérieurs si et quand le film se fait. Cela permet ainsi de partager plus équitablement les risques entre auteurs et producteurs, tout en permettant à des films divers et différents d’exister.  

Nous avons commencé par échanger entre auteurs, puis avec les producteurs. Des discussions franches et constructives. En 2019, ces discussions sont devenues des négociations interprofessionnelles avec toutes les organisations professionnelles d’auteurs et de producteurs. Avant le premier confinement, nous n’étions pas loin d’aboutir à un accord. Mais la crise sanitaire, l’invasion du virtuel dans nos vies, la peur de l’inconnu ont compliqué les choses.

Le SCA aura 6 ans le mois prochain avec plus que jamais le cinéma comme horizon. Il est temps qu’un accord encadrant la rémunération des scénaristes de longs métrages de fiction soit ratifié par une majorité des organisations professionnelles. Le prochain Festival de Cannes nous semble le moment idéal pour le faire.

Ouvrant ainsi la voie à d'autres accords pour le cinéma documentaire ou le film d'animation pour lequel les discussions viennent de commencer, ce serait un accord historique, le premier en France depuis… la naissance du cinéma.  

Isabelle Wolgust, scénariste, membre fondatrice du SCA,
avec les regards complices de Maud Ameline, Pierre Chosson, Marion Desseigne-Ravel et Sabine Le Stum.

[1] En moyenne, sur une période de 10 ans, en fiction,  49% des scénarios ne sont pas tournés et la moitié des auteurs ont au moins 65% de leurs scénarios qui ne sont pas tournés. Source : étude interne SCA sur 602 contrats de cession de droits de nos adhérents.

Cf. aussi l'entretien du SCA avec Maurizio Braucci, scénariste italien en novembre 2022
ici

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